IV. TRAITEMENT LOCAL
Trois (03) techniques sont utilisées pour le pansement, en fonction du siège et de la gravité de la brûlure.
- Le pansement classique :
- De préférence, le premier pansement se fera au bloc ou en salle d’urgence pour limiter l’infection. Après la préparation du soin (soignant, matériel, malade), on passe à la phase d’exécution du soin (phase exécutoire).
- Les tissus nécrosés sont excisés ainsi que les phlyctènes pour favoriser un badigeonnement plus rapide et plus uniforme.
- Nettoyer avec des compresses stériles imbibées de sérum physiologique ou d’antiseptique faible et détersif (dakin réchauffé, Cétavlon, Cytéal, Bétadine moussante) avec douceur. En cas d’application d’un antiseptique faible, rincer et assécher avec des compresses stériles par tamponnement.
- Recouvrir toute la surface brûlée avec un pansement gras choisi selon l’état des lésions (tulle gras, antibiotulle, compresse de Bétadine en tulle, biogaz, mais éviter chez l’enfant) ou compresse additionnée d’ATB en pommade selon prescription ou tout simplement de compresse imbibée de sérum physiologique.
- Placer des couches de compresses stériles et, en cas de plaies nécrosées, des drains de Carrel peuvent être mis en place ou une injection régulière de sérum physiologique ou de solution de nitrate d’argent à 0,5% si des drains de Carrel sont mis en place. Le plumasseau (pansement absorbant) est nécessaire.
- Le pansement sera recouvert par des bandes de crêpe (Velpeau). De préférence, ce pansement sera moyennement compressif et laissé en place pendant 5 à 14 jours selon les prescriptions. Dans ce cas, les signes d’infections seront surveillés.
- S’il s’agit d’une brûlure du visage que le chirurgien demande de recouvrir : des orifices seront aménagés pour les yeux, le nez et la bouche. Les paupières brûlées seront maintenues fermement par une compresse et les yeux ouverts le temps de faire un soin d’œil pour éviter l’érosion ou l’assèchement de la cornée.
- Au niveau du tronc, le pansement sera occlusif mais non compressif. Les organes génitaux et la région périnéale seront simplement recouverts de compresses de gras ou de compresses vaselinées qui seront changées aussi souvent que nécessaire.
- Au niveau des membres brûlés, des compresses de gaze ou de tulle gras seront placées entre les doigts et les orteils. Au niveau de la main, un gantelet confectionné pour éviter la syndactylie (accolement des doigts).
- Dans tous les cas, des règles d’asepsie rigoureuses seront respectées, et le décollement du pansement sera effectué avec douceur en arrosant de dakin tiédi ou de sérum physiologique.
- La périodicité sera fonction des produits utilisés : espacer si pansement au gras, rapprocher si pansement humide ou absorbant. Elle dépend aussi de l’état de la brûlure : quotidien ou même biquotidien en cas d’infection.
- Par exposition à l’air ou « méthode de Open » :
Cette thérapeutique s’adresse surtout aux petites brûlures du visage, du cou, du périnée et du tronc.
- Les parties brûlées seront détergées puis enduites par tamponnement d’éosine aqueuse ou de mercurochrome et laissées à l’air libre.
NB : Le mercurochrome est à éviter sur les grandes surfaces brûlées, surtout chez l’enfant, car cela peut provoquer une néphrite mercurienne.
a)
Avantages de l’exposition à l’air :
Les exsudats cessent en 48 à 72 heures, et alors se forme une croûte protectrice avec accélération de la cicatrisation.
b)
Inconvénients de l’exposition à l’air :
Risque d’infection avec la poussière, les mouches, de microtraumatisme, mais surtout la gêne due au regard indiscret. Pour éviter ces inconvénients, de grandes compresses sont utilisées pour recouvrir le malade, mais aussi l’usage de la moustiquaire s’il se trouve dans son lit.
- Greffe de la peau :
Elle est utilisée chez les grands brûlés pour activer la cicatrisation et empêcher la survenue de cicatrices rétractiles.
- Le greffon est mis dès que la surface brûlée est propre. Pour permettre une meilleure adhésion du greffon, le premier pansement sera souvent tardif. Des greffons épidermiques sont utilisés et même artificiels.
Pour éviter les phénomènes de rejet, le greffon sera prélevé sur le malade s’il lui reste une plage de peau saine.
V. L’ALIMENTATION :
Pour prévenir et remplacer les pertes en protéines, un régime capable de les restituer est institué pour apporter les besoins quotidiens (4000 à 5000 kl/jour), donc une alimentation riche en protéines (œuf, lait, viande blanche de préférence) avec ajout de multivitamines.
Pour les enfants en bas âge : L’avis d’une diététicienne pour la détermination du régime est nécessaire.
VI. SURVEILLANCE :
Elle porte sur :
- Prévention du choc hypovolémique :
Elle se fait en prenant les constantes : pouls, tension, pression veineuse centrale au besoin, car elles constituent les meilleurs témoins d’une bonne hydratation. Elles permettent, par ailleurs, de rajuster si nécessaire le débit de réhydratation. Ces constantes sont surveillées toutes les 30 minutes au début, et le rythme sera en fonction des valeurs obtenues.
- Diurèse horaire :
Elle constitue aussi un bon témoin de rééquilibration. Elle doit être ≥ 50 ml chez l’adulte et 1,5 ml/kg chez l’enfant.
- État de conscience :
Permet de rechercher une obnubilation ou une torpeur, un coma dans les intoxications aux oxycarbonés.
- Équilibre hydroélectrolytique :
Un ionogramme urinaire et sanguin sera demandé.
- Pansement :
En surveillant l’aspect de l’odeur.
- Température :
Devant une hyperthermie à 38 à 39 °C avec des clous à 40 °C accompagnés de frissons, redouter une infection et faire un prélèvement pour hémoculture. Mais aussi un ECBU dans nos pays, et au cas où les urines seraient troubles, un ECBU sera demandé.
- Muqueuses :
L’anémie peut être progressivement sévère et est décelée par la pâleur, pour être ensuite confirmée par une NFS. Sa correction pourrait se faire par une transfusion sanguine.
- Dénutrition :
Elle est en rapport avec la fuite protéinique au niveau des surfaces découvertes et l’anorexie. Elle sera palliée par un régime hyperprotidique, parfois mal accepté et suivi par le brûlé s’il s’agit de viande rouge.
- Prévention des contractures :
Les contractures figurent parmi les plus graves complications à longue échéance des brûlures. Elle se manifeste par des chéloïdes post-guérison et résulte généralement des positions vicieuses.
Les zones les plus touchées sont : la région du cou, du visage, du pavillon de l’oreille, les mains, les plis de flexion et les pieds. Elles constituent souvent des séquelles douloureuses, des érosions saignantes facilement, avec risque de cicatrisation. Les greffes cutanées prévues et les rééducations peuvent les prévenir.
VII. RÉÉDUCATION DU BRÛLÉ :
Elle peut être un processus long et coûteux. Les malades, même guéris, doivent se soumettre à des examens périodiques de contrôle et signaler tout changement particulier au niveau de la cicatrisation des brûlures (élasticité, aspiration des parties ne guérissant pas, saignement ou changement d’aspect).
Seront utilisées la kinésithérapie (utilisant des mouvements), l’ergothérapie (utilisant des travaux manuels), et la physiothérapie utilisant des agents physiques comme les rayons.
Des conseils hygiéniques seront donnés aux brûlés pendant et après leur séjour.